0 Comments

Face aux ravages de la désinformation, des experts de tous pays, réunis les 20 et 21 juin 2025 à Dakhla, ont insisté sur la nécessité d’une presse libre, exigeante et responsable, et d’une éducation aux médias intégrée aux programmes scolaires. Organisé par la Commission Provisoire marocaine chargée de la presse, le colloque, qui fut une réussite, a abouti à des recommandations pratiques nombreuses.

A Dakhla, un front mondial uni pour défendre la presse libre et rigoureuse

Les vents secs et puissants, portés par le courant froid des Canaries, balayent continuellement les étendues de sable, les toits plats et les ruelles en travaux et peu fréquentées de cette ville océanique prise entre le désert et la mer, et qui abritait, ces 20 et 21 juin 2025, un congrès international sur la presse et la souveraineté de l’information. Réunissant journalistes, chercheurs et responsables institutionnels venus d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine et du monde arabe, l’événement a vu du beau monde se presser dans les couloirs étroits qui mènent vers la salle de conseil de la Chambre des pêches maritimes. Dans ce bâtiment où se concentre habituellement l’activité halieutique de la région, ces délégations internationales vont prendre place à la table ronde; et, devant chaque siège, un petit drapeau indique la nationalité de l’intervenant et l’universalité des enjeux débattus. Tous, par la rigueur de leurs analyses et la lucidité de leurs récits, s’apprêtent à combattre cet ennemi diffus et planétaire: la désinformation, qui corrode les démocraties. Le colloque, remarquablement organisé par la Commission provisoire marocaine chargée de la presse et de l’édition, et sans le concours d’aucune autre instance, s’est distingué assurément par la cohérence de son déroulement et la qualité générale des débats.

Le fléau de la désinformation
Dès l’ouverture, Younes Mjahed, président de la Commission, a planté le décor de la profession journalistique en péril. “Le journalisme moderne subit une double pression: une révolution technologique foudroyante et une instrumentalisation pernicieuse de la liberté d’expression”, a-t-il martelé, dénonçant la voie royale ouverte aux fake news et au sensationnalisme. Mais c’est lorsque la désinformation prend corps dans des situations critiques qu’apparaît véritablement l’urgence d’agir.

C’est précisément ce qu’a montré avec force le témoignage de la journaliste espagnole Patricia Majidi, offrant à l’auditoire un exemple frappant et tragiquement réel des ravages d’une désinformation orchestrée. Son enquête bien connue, “De Tindouf à Laâyoune: itinéraire d’une révélation”, dévoile une mécanique systématique de manipulation qui induit en erreur les esprits les plus entraînés. À Tindouf, sous contrôle algérien et du Polisario, elle découvre un “silence trompeur, rempli de mensonges”. Hyper-surveillée (“Jamais seule”, “empêchée d’interviewer”), elle documente un trafic ignoble: l’eau gratuite, stockée dans des citernes financées par l’UE, vendue aux Sahraouis; les médicaments offerts par l’Espagne écoulés dans des pharmacies privées, parfois tenues par des cadres du Polisario. “Tout se vend. Les réfugiés sont les otages de la mise en scène du Polisario.” Son choc fut double en arrivant à Laâyoune, sous souveraineté marocaine: «J’ai vu un McDonald’s… McDonald’s ne s’installe pas en zone de conflit!” Des Sahraouies en melhfa embrassant chaleureusement des Marocaines ont achevé de faire voler en éclats le récit de haine qu’on lui servait. “Pourquoi faudrait-il toujours un ennemi?”
Un consensus s’est donc imposé dans ce colloque: l’éducation aux médias est une urgence civique. “Lutter contre la manipulation passe par la formation des esprits, dès le plus jeune âge”, a insisté le Dr. Abdessamad Moutei (Maroc), définissant la complémentarité vitale entre un journalisme exigeant et une éducation critique. Javier Fernández Arribas (Espagne) a appelé à un “renforcement massif” de la formation des jeunes pour développer leur esprit critique face aux flux numériques. Une nécessité particulièrement criante en Afrique, comme l’a souligné le Dr. Mamadou Ndiaye (Sénégal): “L’éducation est notre rempart. Mais elle doit s’adapter aux réalités et besoins spécifiques du continent.”

Perspective humaniste
Carmen Chamorro García (Espagne), dans une intervention remarquable sur “Le rôle du journalisme dans le dialogue interculturel”, a offert une perspective humaniste à ce débat jusque-là dominé par les approches analytiques et abstraites. “En couvrant des conférences comme celle-ci, en racontant les histoires et expériences de différentes cultures, nous pouvons favoriser l’empathie”, a-t-elle expliqué. Elle a défendu un journalisme “rigoureux, équilibré, objectif et culturellement sensible”, rejetant avec force toute représentation stéréotypée: “Les médias ne doivent jamais s’appuyer sur des stéréotypes identitaires. Il faut aller en profondeur.” Elle a salué “l’ouverture à l’information et au dialogue” de la diplomatie marocaine, un modèle selon elle pour améliorer les relations bilatérales et reconnaître le rôle crucial des diasporas, comme la communauté marocaine en Espagne.

Cette vision, d’un journalisme vecteur de compréhension, trouve écho dans les réalités de terrain les plus rudes. Le Dr. Aboubacar Abdoulwahid Oumaïga (Mali) a exposé les difficultés insurmontables de l’enseignement du journalisme “dans les zones d’insécurité du Sahel”. Khdeija El Moutjaba (Mauritanie) a partagé, de son côté, des expériences concrètes de campagnes locales contre les fake news. Et Alana Moceri (Espagne), tout en questionnant l’efficacité actuelle de l’éducation civique aux médias, a reconnu son caractère indispensable. L’appel est unanime: intégrer structurellement l’éducation aux médias dans les programmes scolaires à tous les niveaux, comme l’une des recommandations phares du Congrès.

Comment alors reconstruire un journalisme de qualité capable de soutenir cet élan éducatif? Les débats ont tourné autour de trois piliers: l’éthique retrouvée, une régulation intelligente, et un rapport maîtrisé à la technologie. Pour Khaled Taha Mery Abdelrahman (Fédération des journalistes arabes), “le professionnalisme est la clé”. Il a plaidé pour des standards déontologiques partagés et appliqués dans les rédactions, un appel relayé par Fanou Bessan Ignace (Bénin) présentant les chartes de qualité émergentes en Afrique. Impossible d’éluder l’intelligence artificielle quand on évoque les pratiques professionnelles.

Vers la matinée du samedi, après le compte-rendu final rédigé et lu par Abdellah Bakkali, membre de la commission, les congressistes ont adopté leurs résolutions finales: renforcer l’éducation aux médias, développer recherche et formation, exploiter l’IA avec prudence, protéger le public vulnérable, promouvoir la coopération internationale, et surtout, garantir la liberté de la presse -“sine qua non” selon les participants. La création d’une plateforme mondiale de dialogue permanent sur l’éducation aux médias scelle cette volonté d’action durable. Le chemin sera long, mais il est tracé. Si la désinformation prospère dans l’ignorance et l’isolement; c’est en rapprochant citoyens et médias dans une même quête de sens et de vérité que Dakhla a ouvert une voie prometteuse.

https://www.maroc-hebdo.com/article/a-dakhla-un-front-mondial-uni-pour-defendre-la-presse-libre-et-rigoureuse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts