– Le journalisme, tentative de définition
Le journalisme est un métier de médiation. Il « consiste à recueillir et traiter des informations à destination d’un public […]. Le métier de journaliste comporte donc deux pans indissociables : la réception et la recherche des informations d’une part ; leur mise en forme sous forme de journaux écrits, parlés, télévisés, d’autre part. » (Yves Agnès, Manuel de Journalisme ; écrire pour le journal, éd. La découverte, coll. Repères, 2008, 448p. – fr. 59.-). Cela implique un travail d’interprétation et de « digestion » de la matière informative, et une parfaite maîtrise de la langue (parlée ou orale, selon le média concerné).
Le journalisme est un métier de communication. Si l’écrivain peut (éventuellement) écrire pour lui seul, le journaliste travaille pour un public. Il a donc à cœur de satisfaire les attentes des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Pour ce faire, il sélectionne les informations qui peuvent intéresser le public concerné par sa publication et fait preuve d’une réelle capacité de vulgarisation (dans le bon sens du terme).
En résumé, le rôle du journaliste est de chercher l’information, de la vérifier, la trier, la sélectionner, la mettre en situation, la rendre compréhensible. Cette fonction est aujourd’hui vitale dans une société où les problèmes sont d’une telle complexité que la population n’est souvent plus capable de les analyser.
Dès lors, le constat s’impose : le journaliste de ce début du 21e siècle ne peut plus être un «écrivaillon » qui cherche l’info la plus « sexy ». Il doit être un professionnel, conscient de son rôle sociétal et de sa responsabilité sociale.
– La sélection d’une information
Les critères de choix d’une rédaction reposent sur trois piliers fondamentaux :
– l’actualité (quels sont les sujets visiblement dominants)
– l’image que chaque média entend véhiculer de lui-même (quel est le type d’informations généralement privilégiées)
– l’image que chaque média se fait de son public (qu’est-ce qui va intéresser le
lecteur/auditeur/téléspectateur)
A partir de ces fondements, parmi les critères possibles, chaque organe de presse va établir une hiérarchie — souvent empirique — dans le choix des informations :
♦ La nouveauté
♦ L’originalité
♦ La résonance psychologique
♦ La proximité, le concernant
♦ L’intelligibilité
♦ L’évolution d’une information
♦ Possibilité d’anticiper
♦ Les acteurs (connus ou représentatifs du public cible)
♦ La fiabilité de la source
♦ La possibilité d’illustrer l’événement
♦ Le caractère spectaculaire d’un événement
♦ La possibilité d’expliquer le monde
Ci-après les critères incontournables :
1/News is new (nouveau)
2/News is now (actuel)
3/News is near (proximité)
4/News is star (vedettes, personnalités)
5/News is weird (étonnant, insolite)
6/News is bad news (les trains qui partent à l’heure sont impubliables sauf s’ils entrent dans
la catégorie n° 5), (cité par J. Mouriquand in l’écriture journalistique, PUF, Que sais-je
3223, 2005).
– L’écriture journalistique
L’écriture journalistique se caractérise par sa concision, sa précision et son rythme.
Le principe de base est : un élément d’info, une idée = une phrase.
– Les phrases sont brèves. 15 à 20 mots devraient être la norme. Les phrases de 5 à 10 mots donnent du rythme à l’écriture. Après 40 mots, bien des lecteurs abandonnent et passent à la phrase suivante. La mémorisation est nettement plus forte dans la première partie de la phrase. Il faut donc éviter le bla-bla, les précisions secondaires et les mots inutiles en début de phrase.
– Le temps à privilégier est le présent. A utiliser notamment dans la narration.
– Les mots sont précis, mais simples. Le Petit Larousse définit 60000 mots de la langue française. Le lecteur moyen de France-Soir dispose d’un stock (vocabulaire passif) de 1500 mots et celui du Monde de 3000 mots. C’est dire que plus 90 % des mots de la langue française font problème au lecteur.
– Lorsqu’un mot risque de faire barrage à la compréhension, il convient de voir si un synonyme plus simple existe. Si tel n’est pas le cas, il y a trois possibilités : l’expliquer (méthode pédagogique, mais parfois un peu lourde), le placer dans un contexte où sa compréhension devient facile ou utiliser une comparaison, une image, un exemple.
– Eviter, autant que possible les mots de plus de trois syllabes qui sont souvent difficiles à lire pour les lecteurs peu habiles en lecture. De plus, ce sont souvent des mots abstraits, donc de compréhension vite ardue. Attention, si le mot court doit être privilégié, il ne doit pas trahir la pensée. Ainsi, on pourra généralement remplacer incessamment par bientôt… mais pas toujours, notamment si l’on veut insister sur le caractère imminent mais indéterminé d’un événement.
– Recourir aux images et aux exemples est un bon moyen de prendre le lecteur par la main. Ainsi 3 m3 d’ordures jonchant l’appartement d’une vieille femme seront moins parlants que les 30 sacs à ordure grand format qu’il faut utiliser pour les évacuer !
– Concernant le titre, le surtitre et le chapeau : ils doivent contenir pratiquement toute l’information. L’essentiel doit s’y trouver. Dans le titre, 8 mots sur 10 devraient apporter une réelle information (la presse anglo-saxonne s’approche de 100 %). Le chapeau contient l’essentiel de l’information soit en principe les 5 premiers des « 5 W » (Who, what, when, where, why… + how + how many) : qui, où, quand, quoi, comment, pourquoi et combien
• L’écriture journalistique est particulièrement adaptée au web
– Le travail sur le titre doit être particulièrement soigné, notamment pour permettre une indexation judicieuse des moteurs de recherche (qui travaillent aujourd’hui en temps réel) et une bonne visibilité sur les agrégateurs, tels Google news.
– Le travail sur les 30 à 40 premiers mots est également prépondérant puisque c’est le nombre de mots qui apparaît par défaut dans une liste de google news.
– Les liens hypertextes sont présents, mais ils ne devraient pas inciter en permanence l’internaute à quitter la lecture (Une précision qui n’a rien à voir avec l’écriture : le traitement de l’image sur internet doit lui aussi viser la simplicité. La résolution d’internet étant mauvaise, les photos doivent être très « lisibles ». Les séquences filmées doivent également tenir compte de certains critères comme, pour une interview, un fond uni ou, l’absence de travellings lors d’un reportage.)
